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Souveraineté numérique : entre ambition et réalité

La souveraineté numérique est aujourd'hui un sujet particulièrement vif, tant du côté des pouvoirs publics que dans de nombreuses entreprises. Chez Xylos, le CEO Patrick Leysen suit ce débat de près. Dans ce blog, il partage sa vision.
02 - 07 - 2026

Récemment, Danielle Jacobs, CEO de Beltug, était notre invitée pour une conversation sur le sujet. Demandez à des CIO belges, et la souveraineté numérique figure invariablement parmi leurs priorités stratégiques. Le Priorities Compass de Beltug confirme cette image.

Les chiffres partagés par Beltug montrent à quel point cette inquiétude est profonde. 87 pour cent des organisations interrogées citent la sécurité des données comme première préoccupation concernant les données dans le cloud, et plus de septante pour cent s'inquiètent de voir des données sensibles se retrouver en dehors de l'Europe.

La question centrale est simple, la réponse l'est beaucoup moins : comment devenir plus indépendants numériquement sans nous isoler ?

L'EU Tech Score pour la technologie

Pour y apporter davantage de clarté, l'Europe travaille sur un cadre pour la souveraineté cloud et IA : le cadre CADA (Cloud and AI Development Act). Ce n'est encore qu'un projet, mais l'intention est claire. Les technologies et services sont classés selon quatre niveaux d'assurance, en fonction du contrôle qui reste au sein de l'Union. Un peu comme le Nutri-Score au supermarché, mais pour la technologie.

Concrètement, cela donne ceci. Les pouvoirs publics choisissent le niveau approprié selon la situation, sur base d'une évaluation des risques, et les fournisseurs sont reconnus par niveau après un audit.

Basé sur la proposition CADA (Commission européenne, juin 2026).

Si vous êtes fournisseur et voulez démontrer à quel point votre solution est réellement européenne, des questions comme celles-ci arrivent sur la table :

  • où se trouve l'infrastructure

  • qui est propriétaire de la technologie

  • où se trouve le personnel

  • qui a le contrôle du logiciel

  • quels sous-traitants sont impliqués

  • comment la cybersécurité et la gouvernance sont organisées

Et bien sûr, tout cela est validé par des audits. On le sent déjà venir : tout un nouveau marché de certification et d'audit autour de la souveraineté numérique risque de voir le jour.

Le risque du sovereign washing

Dans le même temps, un nouveau phénomène menace : le sovereign washing. Tout comme on connaît aujourd'hui le greenwashing en matière de durabilité, les fournisseurs seront tentés de se positionner comme souverains.

Un service commercial européen ou un datacenter local ne garantit pas encore que la technologie est réellement contrôlée depuis l'Europe. La vraie question est de savoir qui détient, en fin de compte, le contrôle sur la technologie et les données.

Le paradoxe dans lequel se trouve l'Europe

Ce qui me frappe surtout, c'est le paradoxe dans lequel se trouve l'Europe aujourd'hui. D'un côté, la pression politique et sociétale grandit pour être moins dépendants des entreprises technologiques américaines. De l'autre, il faut être honnête : penser que l'Europe peut tout construire et tout gérer elle-même est une illusion.

Pendant que nous débattons de réglementation et de niveaux de certification, des pays comme la Chine et l'Inde investissent massivement dans les infrastructures énergétiques et les capacités IA. Ils disposent d'économies d'échelle et d'un accès à l'énergie qui nous font aujourd'hui tout simplement défaut en Europe.

Une question inconfortable s'impose. Et si, dans vingt ans, nous utilisions massivement des infrastructures IA et cloud chinoises, parce que la capacité européenne s'avère trop chère ou insuffisamment disponible ? Cela me rappelle ce qui se passe déjà aujourd'hui dans l'industrie automobile. De nombreux consommateurs européens ne peuvent plus se permettre le prix d'une voiture électrique européenne et se tournent vers des alternatives chinoises, technologiquement de plus en plus compétitives. La même chose pourrait-elle se produire pour l'IA et la capacité des datacenters ? Je ne sais pas. Mais c'est un scénario que nous devrions au moins oser aborder sérieusement.

La souveraineté ne doit pas devenir synonyme d'isolement

La souveraineté numérique reste donc un objectif important, bien au contraire. Je suis convaincu que l'Europe doit reprendre davantage de contrôle sur les infrastructures critiques et sur les données et services stratégiques. C'est là que nous devons investir et créer ensemble une échelle suffisante.

Dans le même temps, n'érigeons pas de nouvelles frontières numériques qui ne feraient que nous rendre plus complexes et plus coûteux. Si chaque pouvoir public et chaque entreprise construit sa propre petite île souveraine, nous nous affaiblissons nous-mêmes. Mon espoir est donc une approche pragmatique :

  • gérer nous-mêmes certaines infrastructures stratégiques et données critiques là où c'est nécessaire

  • pour le reste, continuer à collaborer avec des partenaires, à l'Ouest comme à l'Est

  • et surtout, créer une échelle suffisante pour que l'Europe reste pertinente

La souveraineté numérique est importante. La véritable autonomie s'obtient en choisissant délibérément où l'on veut être indépendant et où la collaboration constitue justement une force.

Xylos tient compte de cette nouvelle réalité. Nous aidons nos clients à faire dès aujourd'hui des choix conscients sur l'endroit où leurs données et leurs workloads doivent se trouver, afin qu'ils soient prêts pour ce qui vient.

À propos de l'auteur

Patrick Leysen est CEO de Xylos. En tant qu'entrepreneur next-gen, il dirige l'entreprise depuis Anvers, avec la conviction que la technologie est avant tout une affaire de personnes. Il est une voix active dans le débat sur l'adoption de l'IA en entreprise et sur la souveraineté numérique, et partage régulièrement sa vision avec un large public.

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